« J’adore les gens, ils me fascinent. »
Alexis Loutrel, peintre de 28 ans, vit à Rouen.
Interview Avril 2008 exposition Paris Abracadabar 19eme
Quel est ton parcours ?
J’ai passé un bac STT, puis j’ai fait un an de prépa art appliqué et trois ans de design industriel. Le problème, c’est que je ne me voyait pas dans un bureau à tirer des 3D. Je déteste l’informatique. Et je voulais travailler dehors. Du coup, je suis passé du coq à l’âne… et je suis charpentier depuis 4 ans.
Pourquoi peins tu ?
Depuis ma première année d’art appliqué, je me promène tout le temps avec un carnet de croquis. Au départ, c’était pour améliorer ma technique. Ce sont les croquis qui m’ont fait passé à la peinture.
Comment ça c’est passé?
A la base, j’ai un ami qui fait de la peinture. J’arrêtais pas de le saouler en lui disant qu’il avait de la chance de peindre. Au bout d’un moment, il en a eu marre et m’a dit de m’y mettre. C’est ce que j’ai fait.
Je peins un peu de la même manière que je croque : en une traite. Si le tableau n’est pas réussi, je met une couche de peinture et je recommence. Aujourd’hui, avec l’informatique, les gens prennent une photo avec leur appareil numérique et puis basta. J’ai beaucoup de mal avec tout ça, je préfère le papier.
Pourquoi ne pas essayer d’en vivre ?
Je ne me sens pas assez équilibré pour en faire mon métier. J’aime bien avoir une assise financière… Même si mes activités annexes me prennent beaucoup de temps ! Je fait aussi du mobilier contemporain dans l’atelier où je travaille comme charpentier. Je fabrique surtout des étagères, des tables basses…
Où peins-tu ?
J’aime bien peindre dans les bars : ça rend les gens curieux, ils viennent voir ce que je fais. J’aime ce genre de rencontres.
Qu’est ce qui te donne l’impulsion de commencer un tableau?
En général, c’est spontanée. Je peins des foules de personnes. À un moment, j’aimait bien voyager. Surtout en France : Lyon, Valenciennes, Limoges. Mais aussi plusieurs fois au Maroc, souvent en Espagne, et en Pologne, en Croatie… Pas de très gros voyages, à mon plus grand regret. J’avais le temps de parler avec les gens. Aujourd’hui, les gens sont individualistes. Ils n’ont plus le temps de parler, tout le monde s’oublie, se croise sans s’arrêter. Peindre, c’est une manière de montrer que les choses sont comme ça, même si elles ne changeront jamais. Moi-même, je reconnais que j’ai peu le temps de m’arrêter. C’est paradoxal…
Pourquoi cette fascination pour les foules ?
Les gens. J’adore les gens, ils me fascinent. C’est de l’humanité…
Quelles sont tes influences ?
Les artistes de l’entre deux-guerre comme Braque ou Picasso.
Est ce que tu as déjà exposé ?
Entre 2005 et 2006, plusieurs fois à Rouen. Et en juillet dernier, à Paris dans une petite gallerie du 18ème, Le Voile Bleu. En général, j’arrive à vendre six ou sept tableaux par expo. Ça marche assez bien. Ça me motive un peu : comme je mène une vie dévergondée, je dépense beaucoup… Ça m’évite de faire du boulot au black, de me tuer encore plus le dos (Nldr : il s’est bloqué le dos au boulot la veille de cette interview…).
Quel ingrédient aimerais-tu apporter à la grande marmitte des Artifistes ?
De la menthe.
_interview réalisée par Armelle Loiseau